Le Graff à Nantes ▲éléments d'analyse

GENESE

Les toilettes du LU, lieu de libre expression.

L'idée d'étudier le graff m'est venue par hasard. En me rendant au Lieu Unique avec des amis en début d'année, j'ai découvert ses toilettes. Ce n'est que plus tard que j'ai pensé qu'il serait intéressant d'étudier le graff et ses relations avec ceux qui le côtoient et le créent.

Je me suis tout d’abord concentré autour du Lieu Unique puis sur la ville plus généralement. Je ne prétends pas faire une analyse complète du graff dans Nantes, mais plutôt donner des éléments d’analyse générale.

C'est un espace majeur pour la ville de Nantes, le Lieu Unique se décrit lui même comme la scène nationale de Nantes ce qui nous montre son rayonnement sur le France entière. Dans le numéro 826 des Inrockuptibles le Lieu Unique est présenté comme un laboratoire d’utopie(s).

Pour moi, la géographie semble être la discipline la plus à bien pour traiter ce sujet. En effet, ce phénomène est particulièrement présent dans les moyennes et grandes métropoles. Ce qui en fait un objet intéressant à étudier sur de nombreux points développés par la suite. 

Les clichés de ce blog ont tous été réalisés par moi-même, Gurvann RIOUAL, étudiant en première année de géographie.


LE GRAFF ?

Voici quelques rappels sur le graffiti contemporain, son histoire et comment il a pu évolué jusqu’à nos jours.

C'est sur les métros de New York que le graffiti moderne est né à la fin des années 60. Au fil du temps, les styles se perfectionnent. C'est au début des années 80 que le mouvement traverse l’Atlantique pour arriver en Europe.

Il s’est souvent développé lors de conflits, notamment pendant la guerre du Vietnam, ces conflits entraînant multiples revendications de paix s’exprimant publiquement sous forme de graffitis dans la rue.

C'est dans les années 70 que le graffiti se transforme, littéralement. Les artistes graffent autre chose que leur nom, des fresques apparaissent.

Pourquoi graffent-ils ? Souvent, les graffeurs veulent défier les autorités, c’est une forme de contestation passive. C’est le plaisir de la transgression, qui se résume à taguer un espace difficilement accessible (souvent interdit) et exposé à de nombreux regards. On peut aussi ajouter que les personnes qui commencent à graffer cherchent une seconde famille (suite à des problèmes familiaux ou autre). Des groupes se forment et une certaine concurrence prend place. Une des motivations principales étant d’acquérir une certaine notoriété.

J'ai pris ces photos cet été, dans Brooklyn (New York).


RENCONTRE AVEC UN GRAFFEUR

Lors de l’exposition au LU, j’ai pu lire sur une des fresques l’inscription PlusDeCouleurs.fr. En rentrant chez moi j’ai consulté le site. Je découvre que c’est un collectif d’artistes graffeurs qui réalise des fresques sur devis pour des  municipalités, des entreprises, des particuliers … Après un échange de courriels, j’ai rendez vous lundi 5 novembre à 15h au magasin Street Control, 16 rue des Olivettes, près de l’arrêt de tramway Hôtel Dieu.

J'y rencontre Antoine Sirizzoti, et j'apprend par hasard que c'est un ancien étudiant de géographie. Il a commencer à graffer à 17 ans suite à un déménagement de la région parisienne à Annecy. Ce n'est qu'en arrivant en province qu'il s'est rendu compte que l'espace parisien était saturé. Il a alors pu commencer à graffer les espaces libres. Selon lui, sa vie serait trop fade sans graff, il graffe pour se sentir vivre. Comme tous les graffeurs, il a commencé par graffer “clandestinement”.

Cela va maintenant faire 4 ans qu’il a crééer son entreprise PlusDeCouleurs. Ce collectif est composé de 2 graffeurs à pleins temps, qui ont la chance de pouvoir vivre de leur passion. Il y a principalement 10 autres graffeurs qui reviennent souvent sur des projets réguliers mais après, tout dépend de l’ampleur de la tâche, Antoine me dit qu’il envisage de regrouper 60 graffeurs pour travailler sur un nouveau projet. L’entreprise s’est fondée suite à une demande des municipalités. Ils travaillent essentiellement en France mais on déjà été plus loin, notamment à Athènes, en Belgique ou encore en Espagne.

Selon lui, la ville de Nantes gère très bien les graffitis. Elle a mis à disposition des murs libres, où il est légal de graffer. Ainsi, les graffeurs privilégient ces lieux à d’autres murs où leurs graffs pourraient être effacés et où ils encourraient une amende. La liste des ces murs m’a été communiqué par Pick Up Production(organisateur du festival Hip OPsession) :

  • pont Carnot (mur situé côté Lieu Unique seulement),
  • pont Aristide Briand (côté sud),
  • pont Clémenceau (côté nord),
  • palissades du chantier « Neptune », avenue F. Roosevelt et cours d’Estienne d’Orves,
  • mur du parc des Dervallières, 
  • mur longeant le boulevard Salvador Allende (uniquement la partie peinte en blanche et bleue),
  • Pont Tbilissi (des deux rives).

Cette liste est bien évidement en évolution constante. Je remarque aussi que la plupart de ces murs libres se situent assez proche du LU.

Sur le site de Nantes Métropole, on peut lire qu’un plan d’action anti-graffiti a été mis en place depuis fin avril 2002. 6 équipes spécialisées s’occupent de nettoyer le quartier du centre ville. Pour ce qui est du reste de l’agglomération, des entreprises privées sont missionnées par la communauté urbaine afin de nettoyer les graffitis depuis le 6 janvier 2003. Nantes Métropole nettoie plus de 100 000m² de graffitis chaque année soit environ 20 terrains de football.

Ici on peut voir Antoine Sirizzoti réalisant une fresque sur un bâtiment de la SNCF, à la gare de Doulon.


Le fait de tracer des inscriptions, des signes ou des dessins, sans autorisation préalable, sur les façades, les véhicules, les voies publiques ou le mobilier urbain est puni de 3750 euros d’amende et d’une peine de travail d’intérêt général lorsqu’il n’en est résulté qu’un dommage léger.

Article 322-1 du code pénal


COMPTE RENDU DES SONDAGES

Le vandalisme illustré, métro de New York, ci dessus. Le graff comme œuvre d’art ci -dessous.

Que pensez-vous du graffiti, art ou vandalisme ? Voici la question que j’ai posée à une vingtaine de passants, j’ai essayé d’avoir un panel qui soit le plus “représentatif”. J’entend par là que j’ai voulu interroger autant d’hommes que de femmes, de tous âges et de milieux sociaux les plus vastes. Voici les principaux profils qui sont ressortis.

- Beaucoup de personnes y sont plutôt indifférentes, tant que le sujet est acceptable (pas de politique et/ou d’opinions trop prononcées sont les éléments récurrents). Ici il n’y a pas de catégories qui ressortent, ce point de vue s’étend sur tout les âges.

- Les jeunes, en grande partie, apprécient le graffiti. Pour certains c’est un moyen d’expression original. Peu importe les sujets traités, tant que c’est coloré et agréable à regarder, rapportent la plupart. Certains me disent qu’ils ont grandi avec, dans cette culture des années 80-90, où le graff était à son apogée et où un nouveau courant culturel, le hip-hop, arrivait en France.

- Des personnes ont connu de mauvaises expériences personnelles avec le graff, dessins obscènes sur les murs de leur rue. Ce point de vue est assez faiblement partagé, seul 2 personnes l’ont évoqué, ils avaient 46 et 52 ans.

En ressort donc que le graff dérange peu de gens au final, et que, au contraire, il plait assez ou est indifférent et ce quelle que soit la classe d’âge.

A noter aussi que le terme de graffiti réunit deux notions, celle du graff qui désigne les dessins et lettrages colorés et celle du tag qui relève plus de la calligraphie. L’ethnologue Claire Calogirou (qui a en partie élaboré l’exposition “Faire le mur” au LU) dit qu’en France, on n’est pas encore sorti de l’opposition vandalisme d’un côté et belles fresques de l’autre, or dans le graff’ tout est mêlé.

Les photographies ont été faites lors de l’exposition “Faire le mur” au LU.


LA RUE, UN MUSEE

L'ICOM (conseil international des musées) définit un musée comme une institution permanente sans but lucratif au service de la société et de son développement. Une institution ouverte au public, qui acquiert, conserve, étudie, expose et transmet le patrimoine matériel et immatériel de l’humanité et de son environnement à des fins d’études, d’éducation et de délectation. Il paraît donc cohérent de comparer la rue à un musée. 

A l’image d’une collection d’un musée, les œuvres de la rue se renouvellent aussi, plus ou moins régulièrement. Et ce de deux manières, soit ce sont les graffeurs eux-mêmes qui graffent par dessus des oeuvres déjà existantes ou alors c’est la ville qui nettoie les murs. On perçoit alors clairement la dimension instantanée du graff dans la ville.

Ci dessus, on peut voir qu’un graff en a recouvert un autre. J’ai photographié le premier le 24 Septembre, le second le 1er novembre. Ce mur fait partit des murs libres de Nantes. (Notez aussi qu’on peut apercevoir d’autres graffs derrières ceux-ci.)


FAIRE LE MUR

Jeudi 10 novembre, je me suis rendu à l’exposition “Faire le mur" au LU. L’exposition a pris forme suite à une collaboration avec le MuCEM (musée national des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée). Elle a pour ambition d’exposer les différentes facettes du graffiti.

L'exposition relate l'histoire du graff ainsi que des aspects peu connus du graffeur via un film projeté. Des œuvres ont été réalisées in situ par des artistes nantais (Persu, Meyer, Nasher et Moner) et européens (Darco, Zeta170, Pro176, Niels Shoe Meulman, Rae Martiniet Paul du Bois-Reymond) montrant encore le rayonnement important de ce lieu.

Comme l’explique le blog de Nantes-actu, cette exposition ne reflète pas réellement la réalité de la rue pourtant essence de ce courant. L’artiste italien, Rae Martini, explique qu’il vient de la rue mais n’expose plus que dans des musées ou galeries. Même si certaines des oeuvres ont été récupérées dans la rue comme le rail de skate, la boîte aux lettres ou encore la panneau de chantier, cette “fausse réalité” est assez perceptible lors de l’exposition, c’est peu-être aussi le cadre qui y participe, mais on n’y croit pas ou peu et c’est dommage car certaines des oeuvres exposées sont sublimes.

Le nom de l’exposition m’a fait penser au film documentaire ”Faites le mur” de Banksy, celèbre artiste graffeur reconnu mondialement particulièrement pour cette affiche et ce pochoir(photo prise cet été à Boston). Le film aborde l’art urbain en général, et notamment le pochoir ou la mosaïque avec le célèbre Space Invader dont on peut observer les oeuvres sur certains murs nantais (Sur le mur de la Fnac, quartier Decré et Palais de justice).


Le graff et la culture Hip Hop.

Cette dernière est plus qu’un style musical, c’est un mouvement culturel qui est apparu dans les années 70 aux Etats-unis et plus particulièrement dans la ville de New York. Ce n’est que dans les années 80 que ce mouvement arrive en Europe entraînant avec lui le “street art”.

Actuellement le hip-hop est le symbole de la culture urbaine dans le monde. Souvent associé au rap, le hip-hop se différencie par son message de paix, plus positif. On l’associe aussi souvent uniquement à la danse, que certains utilisaient pour se défier autrement que par la violence.

A Nantes on voit depuis 2005 le festival HIP OPsession ouvrir ses portes. On peut lire sur leur site “Rap - Danse - Dj - Graff - Slam - Human Beatbox - Beatmaking…” ce qui prouve encore que le Hip-Hop est plus que de la musique.


LA FRICHE

Voici un compte rendu qui peut servir de synthèse sur l’ensemble des recherches.

Vendredi 25 novembre, sur les coups de midi, je me rend dans la friche située au pied de la butte Saint-Anne, a quelques pas de la Loire. Ce lieu réunit ce jour là, selon moi, beaucoup de facettes de l’univers du graff.

Le long de la rue se trouvent les restes d’un mur, servant depuis déjà plusieurs années de support d’expression. Quand je rentre dans la friche, un ancien bâtiment est recouvert de diverses inscriptions. Je distingue alors clairement deux types de graffiti : le graff, belle illustration, fresque et le tag, exercice calligraphique. Je trouve aussi plusieurs “catégories” dans le graff, on peut avoir à faire à une oeuvre dépassant la dimension esthétique, une oeuvre qui fait passer un message, une opinion.

Je découvre une partie de l’envers du décor du graffeur en passant derrière le mur visible du Boulevard de Cardiff, je trouve une bombe de peinture puis deux et trois, je ne les compte plus, entre les buissons, derrière les buttes de terre, il y en a partout. Elles sont plus ou moins récentes, plus ou moins rouillées. Je trouve aussi des rouleaux de peinture, un pot de peinture et quelques bières.

A noter aussi que j’ai retrouvé les œuvres d’un artiste au style atypique,ADOR, dont j’avais déjà vu une œuvre sous le pont Carnot près du LU.